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Estropadak

Publié Juillet 2012, (màj Novembre 2025) par : Négofol   

Les régates de trainières

Les régates de trainières (en basque traineru estropada, -ak au pluriel), qui sont des bateaux conçus au départ pour la pêche à la bolinche et non dérivés des anciennes baleinières, comme on le dit souvent, sont aussi typiques de la région que la Pelote Basque et sont extrêmement populaires : chaque dimanche matin, en été, 3 heures d’émission ininterrompues sur la première chaîne de la télévision basque, plus que le Tour de France ! Avec des émissions quasi-quotidiennes, je ne connais aucun sport nautique qui bénéficie d’une telle couverture en France.

La plus grande régate de l’année, tenue le premier dimanche de septembre à Saint-Sébastien (Kontxako Bandera, la Concha étant le nom de la baie de Saint-Sebastien (Donostia en basque), attire tous les ans plus de 200 000 spectateurs, dans une ambiance type America Cup : hélicoptères, bateaux de plaisance par centaines pour suivre la course.

Traditionnellement, le vainqueur reçoit un drapeau (Bandera) brodé et pas une coupe.

A noter que ces régates sont moins populaires en France, les courses de trainières de Saint-Jean-de-Luz pourraient même ne pas avoir lieu cette année !

Historique :

Si bien sûr ces régates trouvent, comme toutes les régates, leur origine dans la rivalité des pêcheurs essayant d’arriver les premiers pour vendre leur poisson, elles sont des évènements sportifs depuis 1871, date d’une course historique opposant les villages de Hondarribia (Fontarrabie) et Pasaia. Les régates de Saint-Sébastien sont courues depuis 1879 et la création de nombreux clubs d’aviron de la côte remonte aux années 1860-1880.

Un championnat officiel opposant les équipes espagnoles du pays Basque, Cantabrie, Galice et Asturies est organisé tous les ans depuis 1944 en Espagne (gagné 43 fois par un équipage basque, 17 fois par un équipage cantabrique et 4 fois par un bateau galicien).


Un peu de technique :

Construction :

Ce type de bateau aurait été créé vers 1750 à Fontarrabie (Hondaribia) si l’on en croit Henri-Louis Duhamel du Monceau.

Si au début, les bateaux étaient des traînières traditionnelles, construites en pin sur une charpente en chêne, ils ont évolué à partie des années 1930 vers des modèles plus légers adaptés à la course et sont maintenant des bateaux high-tech en composite carbone et kevlar.

Si les formes pouvaient varier, des règles définissaient la longueur HT (12 m max)), la largeur au bau (1.72 m max), la hauteur de l’étrave : 0.95 m, de l’étambot 0.75 m, et le creux : 0.605 m et le poids (200 kg min sans équipage ni avirons).

Depuis la fin des années 90 et l’apparition du composite, les bateaux sont identiques et sortent du même moule du chantier Amilibia, à Orio.

L’équipage comprend 13 rameurs (1 rameur de proue et 2 x 6 rameurs de couple) et un barreur, le « patron » qui manipule un aviron de gouverne. Le rameur de tête rame indifféremment à bâbord ou tribord, l’aviron de gouverne est toujours à tribord...

Technique de navigation :

Si la construction a évolué vers des matériaux exotiques (sans excès pour rester abordable : un bateau coûte environ 50 000 Euros pour la coque et les avirons).

Les techniques de base sont restées très traditionnelles : utilisation de tolets simples fixes et d’un erseau en cordage pour retenir l’aviron, bancs de nage fixes (mais réglables en position), pas d’outriggers ni de pelles d’aviron « en cuillère » comme pour l’aviron de compétition. Le bruit particulier des estropes de chanvre des avirons sous l’effort est un des charmes de ces courses.
A noter que si les avirons de nage sont maintenant en carbone, l’aviron de gouverne et l’aviron de proue sont parfois encore en bois...

La course :

Les courses se tiennent sur un parcours de 3 milles nautiques, sur un trajet aller-retour avec un virement à une bouée (parfois quatre branches si l’état de la mer ou la configuration de la côte ne permettent pas de tracer une ligne droite de 1,5 NM). Les courses peuvent avoir lieu avec quatre bateaux en parallèle ou être du type « contre la montre » avec départs échelonnés toutes les minutes sur le même trajet.

Une particularité est le virement de la bouée (toujours abordée par la droite) : faire virer une carène aussi longue et fine n’est pas évident et nécessite une technique assez particulière pour virer au plus court : le rameur de proue utilise un aviron spécial muni d’une poignée permettant de le faire tourner sur l’axe du manche qu’il coince contre l’étrave et utilise comme safran auxiliaire pendant que le barreur utilise son aviron au maximum de ses forces... Impressionnant à voir exécuter !

Le virement de la bouée
L’aviron de proue à posteLe barreur en action Le rameur de proue en action

Les performances :

Elles sont assez extraordinaires : les meilleurs équipages maintiennent 36 à 37 battements/mn et font le parcours en moins de de 20 mn soit une moyenne de plus de 9 noeuds, pour une carène dont la vitesse limite théorique est de l’ordre de 8.4 noeuds !

Les traînières sont maintenant équipées de balises GPS qui montrent des pointes à plus de 12 kts !

Les régates ont souvent lieu par mer assez grosse et la tenue de mer de ces bateaux étonnante : ils sont à peine ralentis.

Ces performances ont d’ailleurs amené à développer pour le jury des catamarans à moteur spéciaux qui sont les seuls à pouvoir les suivre dans le clapot sans soulever de sillage gênant.

Il faut dire que les équipages sont formés de « costauds » qui finissent souvent dans l’état de la figure ci-contre , à noter par ailleurs l’absence totale de non-régionaux dans les équipages...

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Et les filles ?

Et bien, elles ne sont pas en reste et des régates féminines ont lieu en parallèle à celles des hommes, avec des performances tout aussi remarquables !

Pour ceux qui veulent une idée de l’évènement, la course de Saint-Sébastien en 2017 :

https://www.youtube.com/watch?v=ACq...

UP