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Sicile/Marina di Licata - au-delà de la première impression, et au-delà des premières déceptions. 8 juin 2016 17:26, par yoruk

Licata, au-delà de la première impression, et au-delà des premières déceptions.

Si on ne connait pas déjà, le décalage entre l’image marketing proposée par leur communication, et la réalité perçue à l’arrivée, surprendra... En fait l’ensemble de l’immense port couvre 130 hectares, dont 30 réservés à la marina, issues de marais qu’il a fallu draguer, pour les réhabiliter, à l’Est du complexe.
Aujourd’hui, à l’ouest de l’ensemble portuaire : on trouve un petit port dédié à pêche côtière. Au centre : des quais réservés à l’exploitation commerciale et à la grande pêche. La seule activité commerciale concerne une cimenterie (silos de stockage). Un petit ferry faisant le tour de la Sicile, y passe irrégulièrement. Au coeur ce cette partie du port, plusieurs chantiers, survivants de l’intense activité portuaire au XIXeme siècle. On les distingue sans peine avec la présence de nombreuses grues. Les petits bateaux sont grutés, les plus gros sont tirés au sol avec des charriots, selon ma méthode ancestrale, à l’exception d’un chantier qui a investi dans un travellift moderne et des moyens de transferts au sol hightechs : Oceanica. Oceanica, qui sait aussi tirer des bateaux au sol. voir : http://www.plaisance-pratique.com/Chantier-maritime-sicilien

Pour la marina, on trouvera dans l’immense darses trois zones distinctes

  1. Historiquement, et la plus ancienne, le grand quai, que nous qualifierons de quai d’honneur. Orienté Est/ouest il prend plein travers les vents dominants, comme tous les autres pontons de la marina. La hauteurs du quai, le limite à l’accueil des grandes unités. A son avantage, sa proximité avec les bureaux de la marina, ses locaux sociaux, des magasins de luxe, un shipchandler, on peut aussi avoir accès à l’excellent super marché « Conad », directement par l’arrière. Un café terrasse sympa face au port reçoit plaisanciers et citadins huppés. A son désavantage : la hauteur du quai, qui obligera de reculer le bateau pour trouver le bon angle de montée de la passerelle. Autre inconvénient : le passage intensif des promeneurs. Inconvénient relatif, compensé par l’activité qu’il amène, à une zone déserte autrement. C’est le but de la flânerie du soir à la douce : la passeggiata méditerranéenne.
  2. Le groupe de pontons du môle di levante (à l’Est du bassin). Deux pontons, celui du sud Est sera dangereux, surtout sa face extérieure par vent fort de SW. Un fetch de 600 mètres lève un clapot sévère dès F6. Difficilement tenable, et surement invivable à bord dans ces conditions. Il offre l’avantage de servir de brise lame au ponton N et à la partie Est du quai d’honneur. Le meilleur pont d’amarrage de la marina se trouve sur la face N de ce ponton, le plus à l’est possible. Proche du point de BBQ et des toilettes. Les bureaux de la marina, les commerces du quai d’honneur et le centre commercial Conad sont à moins de 200 mètres.
  3. Les pontons du môle di ponante (à l’ouest du bassin). 3 pontons, dont un vient d’être ajouté pour recevoir une mini flotte de petits bateaux de régate. Il n’est pas disponible pour la plaisance. Le ponton du SW a été récemment rallongé. Comme pour les ponton di levante, celui du sud et en particulier sa face sud, est très exposée au clapot de SE. Difficilement vivable à bord, nous sommes persuadés qu’il est dangereux, en l’état, par tempête (F10) de sud en hiver. Sur un bref coup de vent de sud à l’automne (60 noeuds) les chaîne-mère se sont déplacées de 1 mètre vers le sud. On y est loin de tout, et l’environnement est désolant, adossé aux silos de la cimenterie et à une friche industrielle. Le ponton du nord est un peu moins exposé, protégé partiellement par l’autre ponton.

Conçue comme complément d’un projet immobilier, la marina souffre de défauts

  • Le quai d’honneur et les pontons, orientés Est/ouest sont tous exposés aux vents dominants, que l’on prendra par le travers. Dés 10 H du matin, renforcé par les thermiques on trouve 20 nœuds et plus par le travers pour accoster AR aux pontons. Sans l’aide d’un marinero sur un dinghy, et d’un autre à terre pour raidir les pendilles, c’est mission impossible, sauf à pouvoir s’appuyer sur un bateau déjà amarré, sous le vent.
  • Donné pour un accès tout temps, c’est vrai pour accéder au bassin intérieur, c’est faux pour l’accès aux passes d’entrées, données comme difficiles pour les grands chalutiers. Par grosse mer de sud, un petit bateau de plaisance risque de se faire rouler.
  • Zone technique : si on trouve de très nombreux parking à voiture, aucune zone technique, ni moyen de halage pour les bateaux de plaisance. Il faudra ressortir de la marina et parcourir plus de un mille pour rejoindre les chantiers du port commercial
  • Poste de carburant : rien, ni sur la marina, ni sur le port commercial. Le quai d’honneur peut être approvisionné par camion mini citerne, mais pour les pontons il faudra faire des transferts manuels avec des bidons…
  • Réparation entretien : on trouvera sur place, issus de la tradition maritime locale des moyens de réparations de base : peinture, mécanique, électricité, tapisserie, soudure et charpentiers de marine. Mais, dans la plupart des cas, en l’absence de zone technique, il faudra mettre au sec sur le port commercial. Bien organisés sur les métiers de base, ils pêchent par manque d’expérience sur l’électronique, la voilerie, haubanage, etc… bref, tout le monde de la plaisance à voile, monde qu’ils découvrent.
  • Sécurité : ouvert à tous, quais et pontons sont fréquentés. Il faudra cadenasser bicyclettes et annexes. Beaucoup plus embêtant, rien n’est fait pour assurer la remontée sur quai ou ponton, en cas de chute à l’eau. Or sur plus de 600 m de pontons hauts de 70 cm et 800 m de quai d’une hauteur de 150 cm, une seule échelle permet la remontée, aux pieds des bureaux de la marina. En hiver, de nuit, pour un homme seul tombé à l’eau, il est impossible de remonter sans aide extérieure sur les pontons. Sur les quais, même avec une aide à terre, le risque est mortel…
  • Pollution des carènes : exponentielle dès l’automne. Probablement liée à la présence d’eau douce (la rivière qui jouxte la marina) et aux apports d’aliments de la ferme marine située dans le port, elle impose de faire gratter la carène pour être au minimum manœuvrant, pour aller caréner sur les chantiers du port commercial. Le grattage du safran et de l’hélice est un minimum. Coût : 70 euros pour le safran et l’hélice et 170 pour toute la coque. Ca se négocie avec un plongeur, mais ça se paie en espèces…
  • Wifi inexistante, il faudra trouver une clé 3G, pour un coût d’environ 30 euros/mois

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Malgré ses défauts, beaucoup de qualités

  • La gentillesse des gens de la marina. On a du mal à imaginer à tel point. Le phénomène se reproduit aussi en ville
  • Le confort des installations sanitaires, l’eau et l’électricité disposés sur chaque poste, même si le coût n’est pas neutre
  • Double pendille, mais double risque en culant d’en accrocher une avec l’hélice…
  • Proximité relative, mais réelle de deux aéroports : Catane et Palerme. Palerme à 3H de bus pose problème avec les horaires d’hiver des low cost.
  • Le prix pour attirer du monde, ils font des efforts, en particulier pour les multicoques. Pour un monocoque de 40 pieds et pour un contrat hivernal de 6 mois : un mois offert par la marina, plus un autre au titre d’un abonnement à de grandes associations européennes (dont STW). Donc pour 8 mois
    • Si vous laissez votre bateau : 1500 euros + 70 euros (grattage de l’hélice) + 500 euros de travellift + 300 euros d’antifouling (2 galons Trilux, dans mon cas) soit au total 2.370 euros. Ajoutez 200 euro, si vous ne faites pas vous-même le carénage
    • si vous vivez à bord, ajouter 500 euros d’eau et d’électricité. Soit au total près de 3.000 euros
  • à titre de comparaison avec Finike en Turquie, pour 6 mois (01/11 au 30/04) : 2.300 euros (eau et électricité gratuite) + 600 euros de travellift + 300 euros d’antifouling (avec une excellente zone technique, vous pouvez faire vous-même votre carénage) soit au total : 3.200 euros, pour un service largement supérieur.

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Conclusion
Le projet en développement, mérite qu’on s’y intéresse. L’approche sera différente suivant que l’on vive à bord ou non, et surtout suivant dans quelle zone on se trouvera pour hiverner. Si pour trouver une halte en belle saison entre Empedocle et Raguzza, et côte est hostile sur plus de 70 milles, Licata est parfait même pour laisser passer de gros mauvais temps, en hiver ce sera très différent.

  • Sécuriser le bateau en l’éloignant du quai ou des pontons, et le parer de très bonnes défenses.
  • Refuser tout emplacement exposé
  • Responsabiliser la marina (mails périodiques) sur l’état des pontons et des chaînes mères
  • Dé-gréer toute prise au vent (biminis, capotes, voiles et génois)

Si vous hivernez à bord, le problème tiendra essentiellement à la zone où vous vous trouverez

  • Le ponton sud du môle di ponente, surtout la panne exposée au SW est invivable très vite. Si vous aimez la solitude, c’est parfait, mais adossée à la friche et à la cimenterie, loin de tout ça peut être dur pour le moral…
  • Le quai d’honneur, peut aussi poser des problèmes, structurels en particulier, vu sa hauteur. Suivant la taille de votre bateau, il faudra peut-être faire fabriquer une passerelle de 3 mètres. Par contre c’est au top convivial…
  • Les pontons du môle di levante, à l’exception du ponton extérieur très exposé, c’est le meilleur choix pour hiverner.

Dans tous les cas il faudra penser que la ville est en grande détresse, endettée au-delà du raisonnable , on parle d’une dette de 20 millions d’euros, pour une cité de 20.000 habitants. Le projet de la marina, est peut-être une bouée d’espoir…

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